Les mots bleus
Les mots ont rendez-vous ce dimanche avec cet azur d'ancrage maritime, révélant sur des coursives déformées par la nuit à l'orée des bois des prie-Dieu de primevère et d'imminente bonne nouvelle.
/image%2F0680202%2F20250420%2Fob_bfb3eb_sorollabiarritz7.jpg)
Un ciel aussi bleu que des matinées de mer basse et de plage en tenue de gymnaste, exhibant au sol le plus époustouflant des grands écarts de sable. Là, sur un plateau à ciel ouvert, leur seront servis ces embruns à plein poumons qui surfent sur de petites vagues, ces coquillages révélant leurs entrailles bénies dans des jardins éphémères et leur senteur prégnante d'algue marine à la fleur de sel. Ils mangeront en terrasse chez Albert et se déplaceront jusqu'au Port Vieux après la digestion pour quelques brasses en compagnie des ours blancs et anticiper l'été de la Saint Georges qu'ils apercevront dans tes yeux.
Que la liberté soit avec vous
Que la liberté soit avec vous, semblent me dire dans un ciel muselé de grisaille les lumières de ce dimanche. Et que nous nous en souvenions malgré les assourdissantes déflagrations dont l'écho, venu de ce lointain coin du monde, ne peut laisser personne indifférent ! Aujourd'hui encore. On y reconnait les accents insistants du Caucase, impossibles à chasser de nos mémoires, d'une de ses porte-voix, Anna.
/image%2F0680202%2F20250420%2Fob_565b7f_femmesnonreeducables.jpg)
La folle de Moscou, à la plume acérée, s'est hier élevée comme l'incarnation de l'exigence du métier -le journalisme- celle de prendre de la hauteur dès qu'il s'agit de narrer les faits et de veiller à ne pas outrepasser sa juste fonction de reporter. Sur la corde d'une frontière bien fragile entre deux mondes, Anna s'est évertuée à assumer ses nobles compétences d'équilibriste, offrant par procuration ses yeux grands ouverts pour des milliers de lecteurs et les mots les plus déterminés pour qu'en première ligne chacun d'entre eux s'approprie le champ de bataille et en ressentent lexicales les tensions, sans rien passer sous silence, sans prendre le moindre parti, sans collaborer au service d'aucune propagande partisane. La justice pour credo, et sa vérité sans aucune chaine qui ne lui retienne sa foi en la prose. C'est à ce prix qu'elle a dénoncé l'horreur et, ce faisant, qu'elle a donné tout le loisir à cette boulimique entreprise suspendue à son oléoduc de barbarie de décrire les bourreaux qui opéraient pour elle. C'est au même prix qu'elle s'est attiré leurs foudres et qu'elle est devenue leur cible sans que par voix de presse aucune colonne ne la protège à la Une. La vérité en effet ne supporte pas la concurrence et préfère les faits divers pour régler ses comptes....
Sur sa ligne de démarcation, le journaliste se sent à l'étroit, il va sans dire. Rien n'a changé aujourd'hui. C'est l'endroit du monde le plus fragile par les convulsions qu'il attise et les dangers auxquels il doit faire face. Le chroniqueur ne doit pas perdre la face, malgré les tentations diluviennes. Ni céder au chantage des hommes de main à la solde des plus puissants. Anna se savait à la merci d'être un jour bâillonné de mitraille, elle n'en préférait pas moins croire à la forteresse de son sang d'encre capable d'ériger un point d'ancrage et de la sorte éviter la dérive des nations.
Que la liberté soit avec nous et qu'à jamais elle nous permette de rappeler son nom !
Dimanche de résurrection
En ce dimanche de Pâques, je repense à lui. Il confessait avoir vécu. Jamais être mort. Son tragique départ laissa planer le doute sur le sort que la mort lui avait réservé. On supputa que la simple annonce du coup d'état militaire avait fait vaciller tout son être avant que la cruelle réalité factuelle ne vienne percuter son âme fragile de poète et ne lui arrache son dernier souffle.
/image%2F0680202%2F20250420%2Fob_e76d16_neruda2.jpg)
Cinquante ans plus tard, il faut croire que le secret était trop lourd à porter : même la mort peut avoir des remords !!! Elle vient ces jours-ci d'avouer qu'en plus de partager avec Victor Jara une attirance pour le voyage et le chemin de fer, Pablo Neruda succomba comme lui parmi les premiers -sans les mains coupées mais empoisonné- aux représailles ciblées perpétrées par la junte militaire de triste et chilienne mémoire.
/image%2F0680202%2F201307%2Fob_d49ee947a4179159f122ecdf265a9eae_interview3.jpeg)
/image%2F0680202%2F20250420%2Fob_21cdb6_sorollabiarritz6.jpg)
/image%2F0680202%2F20250420%2Fob_31875c_neruda.jpg)
/image%2F0680202%2F20250420%2Fob_cb1698_neruda3.jpg)